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La clarté d’un été évanoui
A l’heure ou tombe les premières feuilles d’automne sur le 93, me revient en mémoire ces vers de Chant d’automne de Baudelaire :
« Adieu vive clarté de mes étés trop courts. C’était hier l’été ; voici l’automne ! »
Pour ceux d’entre-nous qui ont pu prendre des vacances, espérerons que cette pause estivale vous aura permis de recharger ce que l’on pourrait appeler votre nappe phréatique de soi. Cette énergie nous sera utile pour les luttes à venir car un constat s’impose : nos vies professionnelles sont de plus en plus soumises à un rouleau compresseur de rationalisme gestionnaire. Le management algorithmique du néolibéralisme exige des travailleurs qu’ils s’adaptent sans cesse à un monde en perpétuelle mutation. Dans ce contexte, le statut de fonctionnaire est devenu synonyme de rigidité et de coût.
À la DDFIP 93, que savent réellement les managers de ce que leurs agents accomplissent ? Sous l’influence d’une digitalisation omniprésente et l’obsession du chiffre, ces dirigeants sont devenus des experts du travail abstrait. Tout doit être mesuré, évalué, contrôlé, souvent au détriment de l’authenticité du travail. Ce phénomène rappelle la doctrine capitaliste de Taylor, où le chronomètre a désormais été remplacé par l’algorithme. La réalité n’est plus perçue que par des représentations chiffrées.
Cet été a également été marqué par l’annonce d’un budget austéritaire par l’ex-Premier ministre BAYROU. Une stratégie de communication anxiogène a été mise en place, visant à provoquer une peur et une sidération, dans l’espoir que cela faciliterait une acceptation plus large des politiques d’austérité par la population et les partis politiques. Pourtant, la réalité des chiffres est biaisée : la dépense publique en pourcentage de PIB n’a pas changé depuis 2017. La véritable question ne réside pas dans la dépense, mais bien dans les recettes.
Les crises qui se sont succédé - celle des subprimes en 2007, la pandémie de COVID-19 en 2020, et plus récemment, la hausse des prix de l’énergie consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie - ont mis à mal les finances publiques, conduisant l’État à compenser pour soutenir l’économie et préserver notre modèle social. À cela s’ajoute un choix politique assumé : une contre-révolution fiscale qui a favorisé les plus riches au détriment de l’ensemble de la population.
Ni les retraites (gelées), ni le traitement des fonctionnaires (bloqué) ; ni les services publics qui vacillent sous le poids d’une austérité constante ne sont responsables de l’envolée de la dette. Celle-ci résulte de crises extérieures et d’une contre-réforme fiscale qui a favorisé une minorité. Elle témoigne de l’échec de la politique économique axée sur des avantages fiscaux pour le capital. La croissance demeurant trop faible, les réductions d’impôts ont aggravé le déficit.
Un premier ministre a été écarté, un autre désigné, qui a déjà démissionné. Son gouvernement minoritaire a duré une nuit. Sa nouvelle mission en 48 heures chrono : trouver une plateforme de gouvernance. Pourtant, rien ne laisse présager un renoncement à la ligne de casse sociale actuelle. Cette démarche semble viser plus à maintenir un équilibre précaire qu’à rompre avec les orientations qui ont conduit à cette situation.
Une colère sociale monte, mais sans rapport de force, ce projet néolibéral demeurera inchangé. « C’était hier l’été ; voici l’automne ! ». Face à cette réalité, il est urgent de revendiquer un modèle social qui place l’humain au cœur des préoccupations. La clarté de nos étés peut sembler éloignée, mais elle doit nous encourager à défendre le collectif et l’avenir qui ne nous échappe pas.
Article publié le 29 octobre 2025.